Découvrir Fernand Leger

5 choses que vous ne saviez peut-être pas sur Fernand Léger

Né en 1881 dans une famille de marchands de bovins en Normandie, Fernand Léger est devenu l’un des artistes les plus importants du début du XXème siècle.

Il fut associé à une multitude de styles d’avant-garde – du cubisme au futurisme en passant par le purisme ou de Stijl

Il était très attaché à sa région natale : la Normandie

Fernand Léger est né le 4 février 1881 à Argentan, commune de l’Orne s’étendant sur une plaine céréalière bordée par le Bocage normand. Son père, éleveur de bœufs, lui lèguera son francs-parler et cette carrure imposante qui lui vaudra plus tard le surnom de “paysan de l’avant-garde”. 

En 1922, il hérite de sa mère d’une ferme dans le Calvados, à Lisores, où il passera de nombreuses années. Il y puise un vivier de formes naturelles : les poires, silex et feuilles de houx deviennent le contrepoint plastique des formes urbaines qui le fascinent tout autant – avion, train ou voiture. 

La petite chaumière abrite notamment l’une de ses œuvres majeures : La Fermière et la vache, qui rend hommage à sa mère. Un autre hommage à celle-ci, très pieuse, est la chapelle édifiée par Fernand Léger et dont il a créé les vitraux. 

Deauville, Lisieux, Trouville, sont autant de lieux où Léger puise ses motifs vernaculaires et vient se ressourcer loin du tumulte parisien. L’hôpital d’Argentan lui rend hommage en prenant le nom de Centre hospitalier Fernand Léger, décoré de reproductions de ses œuvres et dont l’intérieur est peint selon les couleurs primaires chères au peintre.

L’architecture le passionnera toute sa vie

Formation proche du monde architectural

C’est en effet sur cette voix que Fernand Léger s’engage par des premières études à Caen. Monté à Paris à dix-neuf ans pour poursuivre sa formation, il travaille un temps comme dessinateur pour un architecte. Mais, s’imprégnant patiemment de l’atmosphère d’émulation artistique, Léger finit par troquer définitivement l’équerre pour le pinceau.

Mais tout au long de sa vie le peintre ne s’éloignera jamais très loin des murs, de leur décoration et d’une conception de l’espace qui dépasse le simple cadre de la toile. Convaincu de l’interdisciplinarité des arts, il milite en faveur d’une « entente à trois » entre le mur, l’architecte et le peintre.

« Avant, l’art pictural était étroitement lié à l’architecture… L’artiste peintre subissait la contrainte. C’était le grand ordre antique que je souhaite voir réapparaître. »

Fernand Léger, Village corse au soleil couchant

Une passion entretenue par ses amitiés

Les amitiés qui lièrent Fernand Léger à de grandes figures de l’architecture s’érigent parmi les grands exemples d’un siècle qui voit se théoriser la synthèse des arts. Il collabore ainsi avec Le Corbusier, qu’il rencontre en 1920, mais aussi Oscar Niemeyer, Georges Dedoyard, Robert Mallet-Stevens, Maurice Novarina, ou encore Wallace Harrison. Charlottes Perriand, qu’il rencontre en 1930, raconte qu’auprès de Léger « le travail devenait une récréation, un éblouissement de tous les instants, dans un flot de couleurs et d’humour ».

Fernand Léger travaille sur des projets monumentaux conçus pour s’intégrer aux architectures de ses amis. Mais les rêves de l’artiste seront souvent déçus et finalement peu de réalisations seront concrétisées. Paradoxalement, c’est dans les commandes architecturales de thèmes religieux, telles que l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce à Assy, que le communiste athée connaît plus de succès et de concrétisation. 

Il détruit la quasi-totalité de ses oeuvres créées entre 1901 et 1910

Fernand Léger, Le Ballet Mécanique (extrait), 1923-1924

Comme tout peintre en plein apprentissage, le jeune Léger est influencé par ses prédécesseurs, sa peinture des années 1904-1905 se compose alors de toiles de style impressionniste et fauvisme. 

« J’ai commencé par faire des toiles dans le genre impressionniste, tout de suite après j’ai eu une réaction contre l’impressionnisme… et j’ai eu cette réaction parce que j’ai senti que l‘époque des impressionnistes avait été naturellement mélodieuse alors que la mienne ne l’était plus. »

En 1904, lors du Salon d’automne, puis en 1907, à ce même salon, les peintures de Cézanne lui ouvrent les yeux sur une nouvelle approche de la couleur, mais aussi de la forme, qui se fait synthétique. L’évolution passe aussi par les paysages méditerranéens corses. Atteint d’un début de tuberculose, il y séjourne deux hivers. Impossible donc de ne pas penser aux maisons juxtaposées et prismatiques de Cézanne devant le Village corse de Léger. 

Mais de cette période de maladie et de quête intense, il ne reste presque rien, Fernand Léger ayant fait le choix d’abandonner ses toiles au fur et à mesure des déménagements, ou pire, de les détruire. Il ne conservera que certains dessins, tandis que le hasard des successions fait réapparaître quelques toiles survivantes.

 À son marchand Henry Kahnweiler, il écrit en 1919 : 

« Tout ce que j’ai produit de 1902 à 1908 a été détruit au fur et à mesure de la production . Cela a été la période la plus pénible de ma vie. »

Il a touché au cinéma et réussi à le révolutionner en un seul film

C’est grâce à Guillaume Apollinaire que Fernand Léger découvre le cinéma de Charlie Chaplin lors d’une permission en 1916. Le personnage de Charlot, le clown de la vie moderne à la maladresse toute mécanique, lui inspire un scénario de dessin animé qu’il intitule de manière très picturale, Charlot Cubiste

Deux séquences sont tournées, le projet reste inachevé, mais le petit pantin de bois imaginé par le peintre est reconstruit en 1924 pour ouvrir le générique du premier et seul court métrage de Fernand Léger, le Ballet mécanique

« La raison d’être du cinéma, la seule, c’est l’image projetée… Remarquez bien que cette formidable invention ne consiste pas à imiter les mouvements de la nature ; il s’agit de tout autre chose, il s’agit de faire vivre des images, et le cinéma ne doit pas aller chercher ailleurs sa raison d’être. »

L’artiste déjà multidisciplinaire se lance dans ce qui est au départ la mise en image de la musique de George Antheil, les images remplaçant la chorégraphie d’un ballet traditionnel. Accompagné du cinéaste américain Dudley Murphy et de Man Ray à la photographie, ils répètent inlassablement les plans composés d’objets du quotidien, de visages, de pistons et de formes mécaniques. Comme dans la peinture de Léger, la part belle est faite aux contrastes, visuels et rythmiques

Musique et image se désolidarisent pour devenir deux œuvres autonomes de l’art moderne, et le film de Léger devient “le premier film sans scénario” comme il se plaît lui-même à le souligner dans le texte qui ouvre l’œuvre. Montré en 1924 pour la première fois à Vienne, le film fera le tour du monde.

Fernand Léger, Les Loisirs-Hommage à Louis David

Fernand Léger souhaitait rendre l’art accessible à tous

Dans un souci d’égalité sociale, Fernand Léger a milité toute sa vie pour décloisonner l’art et l’amener là où il n’était pas destiné. Car il sait, lui qui aurait sûrement été éleveur de boeufs du bocage normand si son père n’était pas décédé prématurément, et qui se retrouve précurseur des plus grands mouvements d’avant-garde, que les chemins sont semés d’embûches entre l’oeuvre et son public. 

Car, pour apprécier l’art, « il faut une certaine culture, il faut une éducation, il faut du temps et tant que le peuple travaillera jusqu’à sept heures du soir, il n’y a rien à faire » écrit le peintre qui réclame l’accession aux loisirs pour tous. Après la mise en place des congés payés en 1936, il suggère également d’ouvrir les musées en nocturne, afin que les gens puissent s’y rendre après le travail. 

À son retour des Etats Unis, il adhère au Parti Communiste et revendique ses idées politiques à travers ses toiles. Il peint Les Loisirs en 1948 dans laquelle il défend les plaisirs populaires tels que le vélo, le cirque ou encore la plage.  

Ses rêves de décloisonnement se reflètent également à travers l’art mural et ses désirs d’afficher en grand, hors des galeries et en extérieur, un art visible par tous. Même si tous ses projets ne voient pas le jour, il élabore de nombreuses fresques destinées aux bâtiments publics (hôpital, université, base aérienne…). 

En 1937, il répond à pas moins de 6 commandes d’états pour l’Exposition Universelle à Paris, dont il reste aujourd’hui l’œuvre monumentale Le Transport des Forces, et le récit des rêves du peintre. Comme celui d’animer la tour Eiffel par de grands bras pivotants, ou de lancer un appel aux chômeurs touchés par la crise de 1929 pour repeindre les murs de toutes les couleurs primaires.