Fernand Léger : de l’art populaire au pop art

Sensible aux évolutions de son époque, influencé par l’avènement de la machine et marqué par les deux guerres mondiales, Fernand Léger s’est orienté vers une vision artistique unique guidée par la volonté perpétuelle de créer un art populaire. Après ses passages aux États-Unis, sa production n’a pas manqué réciproquement de souffler un vent nouveau sur la nouvelle génération américaine, et notamment celle, au début des années 1960, qui donnera naissance au pop art. 

Similitudes non déclarées

Chaque génération de peintre cherche à se démarquer de la précédente, processus logique qui appelle au dépassement et au renouvellement perpétuel des acquis artistiques en fonction des enjeux de l’époque. Mais, si l’histoire de l’art aime à célébrer les ruptures, il est d’un autre côté toujours intéressant de rapprocher les hommes, leurs productions et les chemins quelquefois insoupçonnés qu’empruntent les processus artistiques

 

Aussi on ne peut qu’être fasciné en comparant les toiles de Piet Mondrian, Roy Lichtenstein et Fernand Léger : utilisation des couleurs primaires, épais cerne noir et géométrisation de l’espace par le contraste nous donne l’impression d’être en présence de trois frères de pays différents. Si leurs styles sont à nuls autres comparables, tous les trois ont peint le positif de la vie, de l’humain libre au travail ou dans ses loisirs, à la publicité et aux échanges créés par la société moderne. 

 

Voir Fernand Léger sous l’angle du pop art à venir – puisqu’il décède au moment où ce vaste ensemble de phénomènes artistiques, anglais et américain, se met en place – c’est rendre hommage au chemin précurseur qu’a emprunté le peintre tout au long de sa carrière. 

Il est l’un des premiers à peindre les objets de la vie quotidienne

Fernand Léger est attaché au réel. Malgré ses quelques incursions dans l’abstraction et ses recherches liées au cubisme, l’objet fabriqué ou naturel, pièce de machine ou cerneaux de noix, guident sa vision du monde pictural. 

 

Dans une recherche d’efficacité visuelle, il écarte rapidement la notion de sentiment dans sa peinture. Les éléments sont peints pour leur fonction et leur esthétique. 

 

S’il n’en est pas à traiter les objets sous l’angle de leur production de masse comme le fera Andy Warhol et les boîtes de soupe, il n’hésite pas à représenter des éléments reproductibles et jusqu’alors ignorés par les beaux-arts : vis, parapluie, siphon, clef, boulon et autre rivet de l’ère moderne sont désormais traités avec la même rigueur et sur le même plan qu’un visage ou qu’une plante. 

L’avènement de la publicité

« Sur les boulevards deux hommes transportent dans une voiture à bras d’immenses lettres dorées ; l’effet est tellement inattendu que tout le monde s’arrête et regarde. Là est l’origine du spectacle moderne. »

Sur la place Clichy, qu’il fréquente presque tous les soirs en compagnie de son ami Cendrars, Fernand Léger se fascine pour les signaux, pictogrammes et lettres géantes des devantures. Ce renouvellement des formes de communication visuelle apporté par la typographie et la publicité vient ponctuer ses peintures dès les années 1920. 

 

Mais c’est bien sûr aux États-Unis, où il effectue trois voyages après 1930 et s’exile en octobre 1940 pour quatre années, que Fernand Léger est le plus impacté par la publicité, les transports et les néons new-yorkais. Il développe durant cette période la “couleur en dehors” à travers sa série des Plongeurs. Celle-ci s’émancipe du trait comme les lumières de la ville projetées sur les murs. 

Un humaniste passionné

Engagé dans un dessein communiste à son retour d’Amérique en 1945, il est l’un des premiers à s’être penché sans défiance sur la machine et l’industrie tout au long de sa carrière, créant des images reflétant la société de consommation moderne. 

 

Mais pour Léger, aucune intention cynique de critiquer le consumérisme comme cela sera le cas pour ses successeurs. Il s’agit au contraire de mettre en lumière la société industrielle afin que celle-ci triomphe pour le bien-être de tous et qu’hommes et machines œuvrent ensemble. 

 

Son nouvel engagement politique lui vaut l’impossibilité d’obtenir à nouveau un visa pour les États-Unis, désormais plongés dans le maccarthysme. S’il ne reverra plus l’île de Manhattan, son influence est désormais établie de l’autre côté de l’Atlantique. 

Reconnaissances de paternité

Avec une simplicité apparente, un style sobre et des formes bidimentionnelles cernées d’un noir épais, les peintures de Léger ouvrent la voix au style bédéesque d’un Roy Lichtenstein ou à l’explosion de couleurs d’un Jasper Johns. 

 

Roy Lichtenstein affirme clairement la paternité de son grand prédécesseur français, dans des toiles comme Trompe l’oeil with Léger head and paintbrush (1970), Stepping out (1978) ou dans des compositions en patchwork tel que le célèbre Peace through chemistry (1970). 

Fernand Léger a, à sa manière, été précurseur d’une modernité libre, colorée et joyeuse, par son style en perpétuelle évolution et son humanité. Lui qui aimait écrire, partager et enseigner, parlait également bien l’anglais. Cela permit à de nombreux jeunes artistes étrangers et notamment américains de suivre ses cours à Paris et par la suite de diffuser ses enseignements en Europe et aux États-Unis. 

C’est d’ailleurs outre-Atlantique, à l’Art Institute of Chicago, que fut montée la dernière rétrospective du vivant de l’artiste. De l’art populaire au pop art, de la Normandie profonde aux grandes métropoles américaines, Fernand Léger sut mieux que quiconque conquérir le cœur de son siècle. 

Pour plus d’informations sur Fernand Leger ainsi que sur ses oeuvres, n’hésitez pas a visiter la Galerie DIL